Étymologie du mot
« Migrant »est le participe présent (indique l’action en cours) de migrer, du latin migrare[1] qui signifie « s’en aller, partir, changer de demeure ». Migrer est un emprunt savant au latin (mot introduit volontairement par des lettrés, sans évolution populaire), attesté au XVIème siècle. Il a un usage scientifique au XIXème siècle, désignant le déplacement des liquides et fluides. Il est également employé pour désigner les migrations des animaux, comme les oiseaux. En anglais et en allemand, d’ailleurs, Migrant s’applique toujours aussi aux animaux migrateurs.
Migrant est un mot récent, créé à partir de migrer. Il apparaît en français dans les années 1950-1960, d’abord comme adjectif lié à la migration de travail (travailleur migrant[2]), puis comme nom commun (le migrant). On parle encore couramment pour la Chine de travailleurs migrants[3].
Contrairement à l’im-migrant (qui va quelque part) et l’é-migrant (qui part de quelque part), migrant n’indique aucune direction précise. C’est un être en mouvement, sans attache.
Dans ses définitions, migrant est un mot neutre qui désigne simplement « toute personne qui quitte son lieu de résidence habituelle pour s’établir autre part à titre temporaire ou permanent et pour diverses raisons »[4]. Il englobe les nombreuses catégories de personnes en migration, permanente ou temporaire. Ce n’est pas un terme de Droit international, qui préfère des termes plus précis comme immigré, réfugié, déplacé, etc.
Si migrant est censé être un terme neutre, générique, ce n’est pas le cas des représentations et connotations négatives et anxiogènes qui s’y sont associées peu à peu, dans un contexte de xénophobie croissante.

L’emploi de migrant a augmenté dans les années 2010, et a véritablement explosé lors de la « crise migratoire » de 2015, où 430 000 personnes sont entrées en Europe via la Méditerranée dans des conditions dramatiques.[5] Fonctionnellement, migrant semble alors avoir pris la place de clandestin, très utilisé dans les années 2000.
Quelles sont les représentations couramment associées à migrant ?
Dans l’imaginaire populaire, le migrant n’est ni un réfugié ni un immigré. Le migrant quitte un pays dysfonctionnel pour tenter sa chance, sans projet défini, franchissant des frontières illégalement au risque de sa vie. Contrairement à l’immigré qui réside dans le pays d’accueil, il est en mouvement, comme le rappelle le participe présent en -ant. Figure du nomade qui ne voudrait pas s’intégrer, il ravive l’angoisse des sédentaires face aux peuples en mouvement.
Le migrant par excellence est un homme célibataire, jeune, musulman, racisé. Il est issu d’Afghanistan, du Soudan, de Syrie ou de Guinée. Il n’est pas blanc. A l’inverse un Canadien ou un Anglais sera qualifié d’expatrié.
Dans les discours populistes, le migrant vient de pays non-occidentaux, pauvres, minés par la guerre civile, le fanatisme religieux, la corruption et les cartels de drogue. Maux que le migrant est censé apporter avec lui.
En contexte, migrant est souvent associé à des termes connotés négativement : crise des migrants, migrants illégaux, trafic de migrants, etc.
Il semble ainsi que migrant fonctionne comme un outil de déshumanisation. Il établit une hiérarchie parmi les étrangers : expatriés occidentaux, immigrés économiques, réfugiés, migrants. Le bon réfugié s’oppose au migrant. Faut-il essayer de redonner à migrant son sens neutre d’origine ? Ou préférer, comme de nombreuses associations, parler de personnes migrantes ou d’exilés – terme qui rappelle que ces personnes sont souvent poussées malgré elles à migrer.
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[2]https://www.cnrtl.fr/definition/migrant
[3]https://www.histoire-immigration.fr/hommes-migrations/article/migrations-chinoises-de-generation-en-generation
[4]Définition de l’Office international des migrations (OIM) : https://www.iom.int/fr/termes-cles-de-la-migration
[5]https://www.hrw.org/fr/tag/crise-migratoire-en-europe
Sur l’auteur
Clément de La Vaissière – d’Etymologistan.




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