Et si l’aide internationale n’était pas de la charité, mais une dette à rembourser ? C’est autour de cette idée que s’articule l’épisode du podcast « Rethinking Humanitarianism | ‘Give us the money’: Aid as reparations » de The New Humanitarian, où trois invité·es explorent les enjeux, obstacles et possibles d’un cadre global de réparations post-coloniales.
🔹 Uzo Iweala, CEO du Africa Center, ouvre la discussion en dénonçant une philanthropie construite sur des rapports de domination. Selon lui, beaucoup d’organisations caritatives tirent leur richesse d’un passé colonial qu’elles n’ont jamais reconnu. Il appelle à un renversement de perspective : ce que l’Occident appelle aide est en réalité un remboursement inachevé des ressources pillées et des vies brisées.
🔹 Thomas Craemer, professeur en politiques publiques à l’Université du Connecticut, raconte l’impact des réparations allemandes versées aux survivants de la Shoah. Il insiste sur la force de ces gestes symboliques qui, au-delà des montants, ont permis une forme de reconnaissance, de mémoire et de réconciliation. Pour lui, les réparations peuvent restaurer l’humanité et créer un lien d’égal à égal entre anciens oppresseurs et opprimés.
🔹 Kizito Biakaba, de l’Open Society Foundations, décrit les efforts concrets de divers mouvements, en Afrique, dans les Caraïbes ou autour des enjeux climatiques, pour obtenir justice. Il souligne que les réparations ne se limitent pas à l’argent : restitution, décolonisation, reconnaissance des torts, infrastructures locales, souveraineté culturelle… sont aussi des formes indispensables de réparation.
Le débat balaie les objections classiques : « Trop compliqué », « Trop tard », « Trop risqué », en soulignant les nombreux précédents historiques (Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis…) où des réparations ont bel et bien été mises en place, parfois sur plusieurs décennies. Pourquoi ce qui fut possible pour d’autres ne le serait-il pas pour les descendant·es de peuples colonisés ou réduits en esclavage ?
Les points forts de l’épisode :
- Une critique acérée mais lucide du fonctionnement actuel de l’aide internationale.
- Des exemples concrets de réparations passées, qui montrent que c’est possible.
- Des propositions claires : compensation financière, mais aussi reconnaissance, commémorations, justice sociale et restitution.
- Une remise en cause des biais qui empêchent de voir les Africain·es comme des personnes capables de gérer leurs propres fonds.
En conclusion, les intervenant·es appellent à commencer par un acte simple mais puissant : dire « je suis désolé ». Une reconnaissance sincère du mal causé, indispensable pour ouvrir un nouveau chapitre. Car au fond, comme le dit Uzo Iweala :
Ce que ce podcast nous dit aussi : derrière les mots, il y a des concepts et des réalités. Parler d’aide humanitaire, ou plus généralement de coopération internationale, ou alors de réparation(s), c’est adopter une position différente.
Quel terme renvoie le mieux à une prise de conscience de l’histoire, à une remise en question de ses propres actes passés et aux responsabilités présentes ? Est-ce que les deux mots y parviennent ? Et si oui, comment ? Si non, pourquoi ?

Retrouvez l’épisode Rethinking Humanitarianism | ‘Give us the money’: Aid as reparations sur le site de The New Humanitarian ou sur Spotify.






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